Sommaire

 

CONDITIONS DE VIE EN RUSSIE


        La pauvreté touche la majeure partie du peuple russe. Si l'on trouve de tout aujourd'hui dans les magasins, où le luxe s'étale parfois avec indécence, si l'on ne fait plus la queue pour acheter à manger, le pouvoir d'achat n'a guère cessé de baisser depuis la fin du communisme. On ne peut même plus parler d'une classe moyenne russe, il y a les riches, patrons et hommes d'affaires, une minorité souvent corrompue, et le reste de la population qui connait la pauvreté et de plus en plus la misère. Si les Russes ont l'habitude de se serrer les coudes face aux situations les plus rudes, la dégradation actuelle devient très inquiétante.

Les salaires, bien souvent ne suffisent pas à remplir les besoins élémentaires, il faut s'entre-aider dans les familles, cultiver ses propres légumes, se débrouiller ... et pour cela les russes savent se débrouiller et être solidaires. En parallèle la mafia prospère, avec en filligrane la complicité du Kremlin.

Lors de mon séjour à Krasnoïarsk, j'ai rencontré des enseignants qui n'avaient pas touché leur salaire depuis plusieurs mois, depuis la crise de 1998 (et il continuaient néammoins à travailler, chose impensable chez nous). Chez tous les russes qui m'ont reçu, j'ai été accueilli comme un roi, en particulier j'ai pu apprécier la bonne cuisine russe, mais j'ai bien remarqué qu'on m'avait beaucoup gaté et que le quotidien ordinaire de ces familles était bien différent.


- Quartier résidentiel typique, à Krasnoïarsk -


On peut penser que si la Russie est actuellement au plus bas, cette dépression post-communiste va passer, et que les choses vont s'améliorer progressivement. On peut penser que le peuple russe saura surmonter cette épreuve comme il l'a fait tant de fois dans son passé, en gardant courage et dignité. Mais l'ampleur désatreuse de la situation économique actuelle aura nécessairement des conséquences économiques à très long terme, la Russie prend un retard qu'il faudra plusieurs décénnies pour combler.

Cela signifie plusieurs générations sacrifiées avant que le pays relève la tête. Et allez donc expliquer aux jeunes russes d'aujourd'hui que la liberté d'expression qu'ils ont gagné avec l'effondrement du communisme a une valeur inestimable, alors qu'ils voient un ciel sombre jusqu'à l'horizon, allez donc leur expliquer qu'ils ont tort d'être fatalistes, qu'ils doivent descendre dans la rue pour manifester, si vous ne savez leur montrer une lueur quelque part sur cet horizon. Cependant, l'espoir demeure, ces propos d'une jeune femme de Krasnoïarsk, Svetlana, en témoignent :

« Quant au nouveau Président, il est bien sympathique à la plupart des russes, on attend bien sûr quelquechose de bien (il faut toujours espérer, n'est ce pas? c'est l'espérance qui meurt la dernière...)
Moi, je prefererais vivre une autre époque (laquelle?..). J'aime l'expression des anciens Chinois : "que le Dieu vous garde de vivre a l'époque de gros changement" » .

Enfin, un passage de "La Russie sous l'avalanche" de Soljénitsyne, qui résume bien la situation :

« Sur le plan économique, nous nous sommes lancés tête baissée, avec une dangeureuse précipitation, dans l'imitation du modèle occidental. En pure perte : ce sont des choses qu'il est impossible de copier sans passer par de douloureuses phases de transformation, tant il est vrai que ces évolutions doivent se faire de façon organique, en fonction des traditions nationales. Comme le dit notre proverbe : "Ce n'est pas la bonne santé de mon voisin qui va me guérir". Quoi que nous fassions, la Russie n'empruntera jamais une voie absolument identique à celle de l'occident ».