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PREMIERES IMPRESSIONS


Les immeubles de béton grisâtres, les infrastructures vétustes, les regards fermés des gens : ce sont les premières impressions qui frappent lorsqu'on arrive en Russie, une atmosphère qui vous fait comprendre que la vie n'est pas facile ici. Mais le tableau prend bien vite des couleurs quand on fait connaissance avec les russes, et quand on découvre un peu de ce pays immense.

J'ai rencontré des gens qui ont un grand sens de l'hospitalité, des gens qui savent donner alors même qu'ils n'ont que très peu pour vivre, des gens qui sont curieux de vous connaître et fiers de vous faire découvrir leur pays, leurs traditions, leur culture. La manière dont on m'a accueilli à l'occasion de cette première rencontre restera pour moi inoubliable.
 


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- Le tableau prend bien vite des couleurs quand on fait connaissance avec les russes, et quand on découvre un peu de ce pays immense -


Malgré leurs conditions de vie difficiles, on sent chez eux une fierté et une grandeur particulière. C'est en cela que l'âme russe m'a le plus profondément touché. Les russes ont une dignité trop forte pour que leurs difficultés provoquent la pitié. On dit la Russie éternelle, c'est dans cette fierté et dans cette dignité que j'ai ressenti ce sentiment d'éternité.

Au chapitre des regrets, tout d'abord, j'ai constaté que les femmes russes n'obtiennent pas encore, généralement, tout le respect qu'elles méritent dans une société qui pourtant leur doit tant.
L'attitude de fonctionnaires ou commerçants aigris m'a irrité et m'a consterné, j'ai capturé des regards pleins de mépris, envers moi-même, étranger intrus, mais également envers leurs concitoyens.
L'attitude de vieux religieux orthodoxes m'a également déplu, des regards ou des réflexions pleins de réprimandes sont lancés vers les gens un peu trop curieux de visiter les églises, qui pourtant sont magnifiquement décorées.

Il n'en reste pas moins que j'ai surtout rencontré des gens courageux et francs.

J'ai découvert des gens souvent très cultivés, qui connaissent bien la culture française en particulier, et qui l'admirent. Aller voyager en France, c'est un rêve pour les jeunes russes d'aujourd'hui. Pouvons-nous en dire autant sur notre connaissance de la culture russe ? En ce qui me concerne, avant que je commence à m'intéresser à ce pays, j'en savais bien peu et j'avais des préjugés.

La Russie a été victime des médias occidentaux et elle l'est encore aujourd'hui. Pour résumer, les Russes sont souvent présentés comme des gens durs et corrompus ... Sans doute est-ce vrai pour quelques-uns d'entre eux, ceux qui aiment le pouvoir et l'argent par-dessus tout. Quant aux russes que j'ai rencontré, c'est l'inverse qui m'a frappé. Encore faut-il savoir ouvrir les yeux et se libérer des clichés que le monde occidental cultive encore aujourd'hui, faute de faire les efforts nécessaires à la compréhension de ce peuple.

J'ai été un peu décontenancé par l'attitude fataliste et passive des russes par rapport à la question politique. Il est clair que depuis bien longtemps, la plupart des dirigeants russes n'ont pas été à la hauteur. Les russes ont été trop souvent trahis par leurs dirigeants. A peine sortis de la main de fer des tsars, après la révolution d'octobre, l'espoir s'est transformé en terreur, et la société égalitaire promise par Lénine s'est transformée en dictature. Et encore récemment : alors qu'en 1991 les conditions étaient réunies pour la construction d'une vraie démocratie, Boris Eltsine et son gouvernement ont été complices du pillage organisé des richesses sur les ruines de l'empire soviétique. Il faut dire aussi que la population n'a pas réagi, elle n'a pas su ou n'a pas pu profiter d'une liberté qui sans doute n'avait pas encore eu le temps de rentrer dans les esprits. Depuis quelques années, la misère gagne du terrain et les russes en viennent à regretter amèrement l'époque communiste.

J'espère que les russes vont avoir la force de réagir et de profiter de leur relative liberté d'expression pour s'unir, pour manifester contre la corruption, pour construire une démocratie plus saine, pour que les richesses d'un pays au potentiel immense soient mieux exploitées et mieux partagées.

Mais je pense aussi que la Russie y mettra le temps, elle mettra du temps à trouver son propre chemin, l'identité russe est trop forte pour se revêtir d'un modèle occidental qui n'est pas taillé pour elle, malgré les thérapies de choc. A l'heure de la mondialisation, j'espère que la Russie trouvera sa propre voie, et j'espère aussi que nous saurons aller vers ce pays pour mieux connaître son peuple, pour construire des liens.